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des prélats, des seigneurs, toute cette aristocratie qui l’avait tant dénigrée et maintenant se rapprochait d’elle, remplissait ses appartements, la conjurait à mains jointes de sauver la monarchie. Elle seule, à les entendre, elle en avait le génie et le courage ; fille de Marie-Thérèse, il était temps, elle devait se montrer… Deux sortes de gens encore, tout différents, donnaient courage à la reine : d’une part, de braves et dignes chevaliers de Saint-Louis, officiers ou gentilshommes de province, qui lui offraient leur épée ; d’autre part, des hommes à projet, des faiseurs, qui montraient des plans, se chargeaient d’exécuter, répondaient de tout… Versailles était comme assiégé de ces Figaros de la royauté.

Il fallait une sainte ligue, que tous les honnêtes gens se serrassent autour de la reine. Le roi sera emporté dans l’élan de leur amour et ne résistera plus… Le parti révolutionnaire ne peut faire qu’une campagne ; vaincu une fois, il périt ; au contraire, l’autre parti, comprenant tous les grands propriétaires, peut suffire à plusieurs campagnes, nourrir la guerre longues années… Pour que le raisonnement fût bon, il fallait seulement supposer que l’unanimité du peuple n’ébranlerait pas le soldat, qu’il ne se souviendrait jamais qu’il était peuple lui-même.

L’esprit de jalousie qui s’élevait entre la garde nationale et le peuple enhardit sans doute la cour, lui fit croire Paris impuissant ; elle risqua une mani-