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chasse, sa forge et le coucher de bonne heure, le désheurer pour les repas, pour la messe, le mettre à cheval, en campagne, en faire un leste partisan, comme nous voyons Charles Ier dans le tableau de Van Dyck, ce n’était pas chose aisée. Son bon sens lui disait aussi qu’il risquait fort à se déclarer contre l’Assemblée nationale.

D’autre part, ce même attachement à ses habitudes, à ses idées d’éducation, d’enfance, l’indisposait contre la Révolution plus encore que la diminution de l’autorité royale. Il ne cacha pas son mécontentement pour la démolition de la Bastille[1]. L’uniforme de la garde nationale, porté par ses gens, ses valets devenus lieutenants, officiers, tel musicien de la chapelle chantant la messe en capitaine, tout cela lui blessait les yeux ; il fit défendre à ses serviteurs « de paraître en sa présence avec un costume aussi déplacé[2] ».

Il était difficile de mouvoir le roi, ni dans un sens ni dans l’autre. En toute délibération, il était fort incertain, mais dans ses vieilles habitudes, dans ses idées acquises, invinciblement obstiné. La reine même, qu’il aimait fort, n’y eût rien gagné par persuasion. La crainte avait encore moins d’action sur lui ; il se savait l’oint du Seigneur, inviolable et sacré ; que pouvait-il craindre ?

Cependant la reine était entourée d’un tourbillon de passions, d’intrigues, de zèle intéressé ; c’étaient

  1. Alexandre de Lameth.
  2. Campan, II.