Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 1.djvu/407

Cette page a été validée par deux contributeurs.


La cause réelle, certaine pour les femmes, pour la foule la plus misérable, ne fut autre que la faim. Ayant démonté un cavalier, à Versailles, ils tuèrent, mangèrent le cheval à peu près cru.

Pour la majorité des hommes, peuple ou gardes nationaux, la cause du mouvement fut l’honneur, l’outrage fait par la cour à la cocarde parisienne, adoptée de la France entière comme signe de la Révolution.

Les hommes auraient-ils cependant marché sur Versailles, si les femmes n’eussent précédé ? Cela est douteux. Personne avant elles n’eut l’idée d’aller chercher le roi. Le Palais-Royal, au 30 août, partit avec Saint-Huruge, mais c’était pour porter des plaintes, des menaces à l’Assemblée qui discutait le veto. Ici le peuple seul a l’initiative ; seul, il s’en va prendre le roi, comme seul il a pris la Bastille. Ce qu’il y a dans le peuple de plus peuple, je veux dire de plus instinctif, de plus inspiré, ce sont à coup sûr les femmes. Leur idée fut celle-ci : « Le pain manque, allons chercher le roi ; on aura soin, s’il est avec nous, que le pain ne manque plus. Allons chercher le boulanger !… »

Sens naïf et sens profond !… Le roi doit vivre avec le peuple, voir ses souffrances, en souffrir, faire avec lui même ménage. Les cérémonies du mariage et celles du couronnement se rapportaient en plusieurs choses ; le roi épousait le peuple. Si la royauté n’est pas tyrannie, il faut qu’il y ait mariage, qu’il y ait communauté, que les conjoints