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ambages ; la cour apparemment se croyait plus forte. Il répondit que la promulgation n’appartenait qu’à des lois revêtues des formes qui en procurent l’exécution (il voulait dire sanctionnées), qu’il allait ordonner la publication, qu’il ne doutait pas que les lois que décréterait l’Assemblée ne fussent telles qu’il pût leur accorder la sanction.

Le 24, Necker vint faire sa confession à l’Assemblée. Le premier emprunt, trente millions, n’en avait donné que deux. Le second, de quatre-vingts, n’en avait donné que dix. Le général de la finance, comme les amis de Necker l’appelaient dans leurs pamphlets, n’avait pu rien faire ; le crédit, qu’il croyait gouverner, ramener, n’en avait pas moins péri… Il venait en appeler au dévouement de la nation. Le seul remède était qu’elle s’exécutât elle-même[1], que chacun se taxât au quart de son revenu.

Necker avait fini son rôle. Après avoir essayé de tout moyen raisonnable, il s’en remettait à la foi, au miracle, au vague espoir qu’un peuple incapable de payer moins allait pouvoir payer plus, qu’il se taxerait lui-même à l’impôt monstrueux du quart de son revenu. Le financier chimérique, pour dernier mot de son bilan, pour fond de la caisse, apportait une utopie que le bon abbé de Saint-Pierre n’eût pas proposée.

L’impuissant croit volontiers l’impossible ; hors d’état d’agir lui-même, il s’imagine que le hasard,

  1. Necker, toujours généreux pour lui-même, dépassait le quart ; il se taxa à 100.000 francs.