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la garde du roi, et il avertit le ministre Saint-Priest (17 septembre). Sa lettre fut mise à profit. On la montra à la municipalité de Versailles, lui faisant jurer le secret, et l’on obtint qu’elle demanderait qu’on fît venir le régiment de Flandre. On sollicita la même démarche d’une partie de la garde nationale de Versailles, la majorité refusa. Ce régiment fort suspect, parce que jusque-là il refusait de prêter le nouveau serment, arrive avec ses canons, ses caissons et ses bagages ; il entre à grand bruit dans Versailles. En même temps le château retenait les gardes du corps qui avaient fait leur service, afin d’avoir double nombre.

Une foule d’officiers de tout grade arrivaient chaque jour en poste, comme faisait l’ancienne noblesse à la veille d’une bataille, craignant de manquer le jour.

Paris s’inquiète. Les Gardes-françaises s’indignent ; on les avait tâtés, travaillés, sans autre résultat que de les mettre en défiance. Bailly ne put se dispenser de parler à l’Hôtel de Ville. Une députation fut envoyée, le bon vieux Dussaulx en tête, pour porter au roi les alarmes de Paris.

La conduite de l’Assemblée, pendant ce temps, est étrange. Tantôt elle semble dormir et tantôt se réveiller en sursaut. Aujourd’hui elle est violente, demain modérée, timide.

Un matin, le 12 septembre, elle se souvient du 4 août, de la grande révolution sociale qu’elle a votée. Il y avait cinq semaines que les décrets étaient rendus, la France entière en parlait avec joie, les