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contenir Paris, en réprimer l’agitation par ses gardes nationales. Il usait, abusait de leur zèle pour faire taire les colporteurs, imposer silence au Palais-Royal, empêcher les attroupements ; il faisait une petite guerre de police, de vexations à une foule soulevée par les craintes qu’il avait lui-même ; il connaissait le complot, et il dissipait, arrêtait ceux qui parlaient du complot. Il fit si bien qu’il créa la plus funeste opposition entre la garde nationale et le peuple. On commença à remarquer que les chefs, les officiers, étaient des nobles, des riches, des gens considérables. Les gardes nationaux, en général, réduits en nombre, fiers de leur uniforme, de leurs armes nouvelles pour eux, apparurent au peuple comme une aristocratie. Bourgeois, marchands, ils souffraient beaucoup du trouble, ne recevaient rien de leurs biens ruraux, ne gagnaient rien ; ils étaient chaque jour appelés, fatigués et surmenés ; chaque jour ils voulaient en finir, et ils témoignaient leur impatience par quelque acte qui mettait la foule contre eux. Une fois ils tirèrent le sabre contre un rassemblement de perruquiers, et il y eut du sang de répandu. Une autre fois ils arrêtèrent des gens qui se permettaient de plaisanter sur la garde nationale ; une fille dit qu’elle s’en moquait : ils la prirent et la fouettèrent.

Le peuple s’irritait jusqu’à élever contre la garde nationale la plus étrange accusation, celle de favoriser la cour, d’être du complot de Versailles.

La Fayette n’était pas double, mais sa position l’était. Il empêcha les grenadiers d’aller reprendre à Versailles