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nir, il ne lui fallut pas moins de deux expériences.

La cour amusait Necker et l’Assemblée. Elle ne trompait pas La Fayette. Et pourtant il la servait, il lui contenait Paris. L’horreur des premières violences populaires, du sang versé, le faisait reculer devant l’idée d’un nouveau 14 juillet. Mais la guerre civile que la cour préparait eût-elle moins coûté de sang ? Grave et délicate question pour l’ami de l’humanité.

Il savait tout. Le 13 septembre, recevant chez lui à dîner le vieil amiral d’Estaing, commandant de la garde nationale de Versailles, il lui apprit les nouvelles de Versailles qu’il ignorait. Ce brave homme, qui se croyait bien avant dans la confidence du roi et de la reine, sut qu’on était revenu au fatal projet de mener le roi à Metz, c’est-à-dire de commencer la guerre civile, que Breteuil préparait tout de concert avec l’ambassadeur d’Autriche, qu’on rapprochait de Versailles les mousquetaires, les gendarmes, neuf mille hommes de la Maison du Roi, dont les deux tiers gentilshommes, qu’on s’emparerait de Montargis, où l’on serait joint par un homme d’exécution, le baron de Vioménil ; celui-ci, qui avait fait presque toutes les guerres du siècle, récemment celle d’Amérique, s’était jeté violemment dans la contre-révolution, peut-être par jalousie de La Fayette, qui dans la Révolution semblait avoir le premier rôle. Dix-huit régiments, spécialement les carabiniers, n’avaient pas prêté serment. C’était assez pour fermer toutes les routes de Paris, couper ses convois, l’af-