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n’était ni Mirabeau, ni Camille Desmoulins, ni Brissot, ni Condorcet, ni Mercier, ni Carra, ni Gorsas, ni Marat, ni Barère. Tous publiaient des journaux, et quelques-uns à grand nombre. Mirabeau tirait à dix mille son fameux Courrier de Provence.

Et les Révolutions de Paris se sont (pour quelques numéros) tirées jusqu’à deux cent mille. C’est la plus grande publicité qu’on ait jamais obtenue.

Le rédacteur ne signait pas. L’imprimeur signait : « Prudhomme. » Ce nom est devenu l’un des plus connus du monde. Le rédacteur inconnu était Loustalot.

Loustalot, mort à vingt-neuf ans en 1790, était un sérieux jeune homme, honnête, laborieux. Médiocre écrivain, mais grave, d’une gravité passionnée, son originalité réelle, c’est de contraster avec la légèreté des journalistes du temps. On sent, dans sa violence même, un effort pour être juste. — C’est lui que préféra le peuple.

Il n’en était pas indigne. Il donna, au début de la Révolution, plus d’une preuve de modération courageuse. Lorsque les Gardes-françaises furent délivrés par le peuple, il dit qu’il n’y avait qu’une solution à l’affaire : que les prisonniers se remissent eux-mêmes en prison, et que les électeurs, l’Assemblée nationale, exigeassent la grâce du roi. Lorsqu’une méprise populaire mit en péril le bon La Salle, le brave commandant de la Ville, Loustalot prit sa défense, le justifia, lui ramena les esprits. Dans l’affaire des domestiques qui voulaient qu’on