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tefois, le Palais-Royal seul se mit en avant. On y décida d’aller à Versailles, d’avertir l’Assemblée qu’on voyait dans son sein une ligue pour le veto, qu’on en connaissait les membres, que, s’ils n’y renonçaient, Paris allait se mettre en marche. Quelques centaines d’hommes partirent en effet à dix heures du soir ; à leur tête s’était mis un homme aveugle, violent, recommandable à la foule par sa force corporelle, sa voix de stentor, le marquis de Saint-Huruge. Emprisonné sous l’Ancien-Régime à la requête de sa femme, jolie, galante, et qui avait du crédit, Saint-Huruge, on le comprend, était d’avance un ennemi furieux de l’Ancien-Régime, un champion ardent de la Révolution. Aux Champs-Élysées, sa troupe, déjà fort diminuée, rencontra des gardes nationaux envoyés par La Fayette, qui lui barrèrent le passage.

Le Palais-Royal dépêcha, coup sur coup, trois ou quatre députations à la Ville pour obtenir de passer. On voulait faire l’émeute légalement et du consentement de l’autorité. Il est superflu de dire que celle-ci ne consentit pas.

Cependant une autre tentative, tout autrement sérieuse, se faisait au Palais-Royal. Celle-ci, quel qu’en fût le succès, devait avoir du moins le résultat général de mettre la grande question du jour en discussion dans tout le peuple ; elle ne pouvait plus être dès lors brusquement décidée, enlevée par surprise a Versailles ; Paris regardait l’Assemblée, la veillait, et par la presse, et par son assemblée à lui, la grande