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bilité, est une pure comédie, une mystification, au profit d’un des pouvoirs (aristocratique en Angleterre, monarchique en France). L’Angleterre a toujours été, est, sera une aristocratie. L’art de cette aristocratie, ce qui a perpétué son pouvoir, ce n’est pas de faire part au peuple, mais de trouver à son action un champ extérieur, de lui ouvrir des débouchés[1] : c’est ainsi qu’elle a répandu l’Angleterre sur tout le globe.

Pour le veto, l’avis de Necker qu’il adressa à l’Assemblée, celui auquel du reste elle s’arrêtait d’elle-même, fut d’accorder le veto du roi, le veto suspensif, le droit d’ajourner jusqu’à la seconde législature qui suivrait celle qui proposait la loi.

Cette Assemblée était mûre pour la dissolution. Née avant la grande révolution qui venait de s’opérer, elle était profondément hétérogène, inorganique, comme le chaos de l’Ancien-Régime d’où elle sortit. Malgré le nom d’Assemblée nationale dont la baptisa Sieyès, elle restait féodale, elle n’était autre chose que les anciens États généraux. Des siècles avaient passé sur elle, du 5 mai au 31 août. Élue dans la forme antique et selon le droit barbare, elle représentait deux ou

    du second volume.) Les Anglais eux-mêmes (Bentham, Bulwer, Senior, etc.) conviennent aujourd’hui que leur fameuse balance des trois pouvoirs n’est qu’un thème d’écoliers.

  1. L’Angleterre serait morte, si elle n’eût, de siècle en siècle, trouvé à son mal intérieur (l’injustice aristocratique) un dérivatif extérieur :

    Aux seizième et dix-septième siècles, l’Amérique du Nord et la spoliation de l’Espagne ; au dix-huitième, la spoliation de la France, la conquête de l’Inde ; au dix-neuvième, un nouvel essor colonial et l’immense développement manufacturier.