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La Luzerne, partisan du veto, puis Mounier, cette fois encore, un partisan du veto.

On s’est moqué de la chaleur que le peuple mit dans cette question. Plusieurs, dit-on, croyaient que le veto était une personne ou un impôt[1]. — Il n’y a de risible en ceci que les moqueurs. Oui, le veto valait un impôt, s’il empêchait les réformes, la diminution de l’impôt. Oui, le veto était éminemment personnel ; un homme disait : J’empêche, sans raison, tout était dit.

M. Desèze crut plaider habilement pour cette cause, en disant qu’il s’agissait non d’une personne, mais d’une volonté permanente, plus fixe qu’aucune assemblée.

Permanente ? Selon l’influence des courtisans, des confesseurs, des maîtresses, des passions, des intérêts. En la supposant permanente, cette volonté peut être très personnelle, très oppressive, si lorsque tout change autour d’elle, elle ne change ni ne s’améliore. Que sera-ce si une même politique, un même intérêt passe, avec le sang et la tradition, dans toute une dynastie ?

Les cahiers, écrits dans des circonstances tout autres, accordaient au roi la sanction et le refus de sanction. La France s’était fiée au pouvoir royal contre les privilégiés. Aujourd’hui que ce pouvoir était leur auxiliaire, fallait-il suivre les cahiers ?… Autant relever la Bastille.

  1. Ferrières, Molleville, Beaulieu, etc.