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taient, voulaient qu’on renvoyât tous les Savoyards chez eux.

Ce qui étonnera toujours ceux qui connaissent l’histoire des autres révolutions, c’est que, dans cette situation misérable et affamée de Paris, laissé sans autorité, il y ait eu au total très peu de violences graves. Un mot, une observation raisonnable, parfois une plaisanterie suffisait pour les arrêter. Aux premiers jours seulement qui suivirent le 14 juillet, il y eut des voies de fait. Le peuple, plein de l’idée qu’il était trahi, cherchait l’ennemi à l’aveugle et faillit faire de cruelles méprises. Plusieurs fois M. de La Fayette intervint à point et fut écouté. Il sauva plusieurs personnes[1].

Quand je songe aux temps qui suivirent, à notre époque si molle, si intéressée, je ne puis m’empêcher d’admirer que l’extrême misère ne brisa nullement ce peuple, ne lui arracha nul regret de son esclavage. Ils surent souffrir, ils surent jeûner. Les grandes choses qui s’étaient faites en si peu de temps, le serment du Jeu de paume, la prise de la Bastille, la nuit du 4 août, avaient exalté les courages, mis en tous une idée nouvelle de la dignité humaine.

  1. Dans ces moments, M. de La Fayette fut vraiment admirable. Il trouva dans son cœur, dans son amour pour l’ordre et la justice, des paroles, des à-propos, au-dessus de sa nature, qui était, il faut le dire, plutôt médiocre. — Au moment où il s’efforçait de sauver l’abbé Cordier que le peuple prenait pour un autre, un ami amenait à l’Hôtel de Ville le jeune fils de M. de La Fayette. Il saisit l’occasion, et, se tournant vers la foule : « Messieurs, dit-il, j’ai l’honneur de vous présenter mon fils… » Surprise, effusion ; la foule s’arrête. Les amis de La Fayette font entrer l’abbé, il est sauvé. (Vois ses Mémoires, II, 264.)