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qui subsistent et que j’ai suivis pas à pas, montrent parfaitement que Paris était contre lui, qu’il n’eut pour lui que ses comités révolutionnaires (non élus, mais nommés, payés), et que les Sections, le peuple, tout le monde, ne bougea, le laissa périr. Louis Blanc ne dit rien de ce vrai jugement du peuple.

Quant à l’appel aux armes contre la Loi qu’il commença d’écrire, n’acheva pas, on pouvait l’expliquer par un noble scrupule, s’il fut fait à minuit quand il avait des forces, — ou par le désespoir, s’il fut fait vers une heure lorsqu’il était abandonné. Nul témoin. J’ai suivi l’interprétation la plus digne de ce temps-là et celle qui honore sa mémoire, celle que Louis Blanc a suivie après moi.

Sa fin m’a fort touché, et la fatalité qui le poussa. Nul doute qu’il n’aimât la patrie, qu’en ajournant la liberté, il n’y rêvât pourtant. Il lisait constamment le fameux Dialogue de Sylla et d’Eucrate. Comme Sylla peut-être, il aurait de lui-même quitté la dictature.

Les rois, qui ne voyaient en lui qu’un homme d’ordre et de gouvernement, le recherchaient déjà, l’estimaient et le regrettèrent. La Russie le pleura, son grand historien Karamsin.