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religieuse, l’adoucissement des mœurs, l’humanisation du peuple… Il était votre disciple, abandonné à vous seuls ; maîtres, qu’avez-vous enseigné ?…

Depuis le douzième siècle, vous continuez de lui parler une langue qui n’est plus la sienne ; le culte a cessé d’être un enseignement pour lui. La prédication suppléait ; peu à peu elle se tait ou parle pour les seuls riches. Vous avez négligé les pauvres, dédaigné la tourbe grossière… Grossière ? Elle l’est par vous. Par vous, deux peuples existent : celui d’en haut, à l’excès civilisé, raffiné ; celui d’en bas, rude et sauvage, bien plus isolé de l’autre qu’il ne fut dans l’origine. C’était à vous de combler l’intervalle, d’élever toujours ceux d’en bas, de faire des deux peuples un peuple… Voici la crise arrivée, et je ne vois, dans les classes dont vous vous faisiez les maîtres, nulle culture acquise, nul adoucissement de mœurs ; ce qu’ils ont, ils l’ont d’eux-mêmes, de l’instinct de la nature, de la sève qu’elle mit en nous. Le bien est d’eux, et le mal, le désordre, à qui le rapporterai-je, sinon à ceux qui répondaient de leurs âmes et les ont abandonnées ?

Que sont en 1789 vos fameux monastères, vos écoles antiques ? Pleins d’oisiveté et de silence. L’herbe y pousse et l’araignée file… Et vos chaires ? Muettes. Et vos livres ? Vides. Le dix-huitième siècle passe, un siècle d’attaques, où, de moment en moment, vos adversaires vous somment en vain de parler, d’agir, si vous êtes vivants encore…

Une seule chose vous défendrait, beaucoup d’entre