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triomphent, les faux docteurs, parce qu’il est écrit : Rendez à César ce qui est à César. Mais ce qui n’est pas à César, faut-il aussi le lui rendre ?… Or, la liberté n’est pas à César, elle est à la nature humaine. »

Ces paroles éloquentes l’étaient encore plus dans la bouche de celui qui, le 14 juillet, s’était montré deux fois héroïque de courage et d’humanité. Deux fois il avait essayé, au péril de sa vie, de sauver la vie des autres, d’arrêter le sang… Vrai chrétien et vrai citoyen, il eût voulu tout sauver, et les hommes et les doctrines. Son aveugle charité défendait ensemble des idées hostiles entre elles, des dogmes contradictoires. Il mariait d’un même amour les deux Évangiles, sans tenir compte des différences de principes, des oppositions. Rejeté, exclu par les prêtres, ce qui l’avait persécuté lui était devenu par cela même respectable et cher. Qui ne s’est trompé comme lui ? Qui n’a caressé l’espoir de sauver le passé en avançant l’avenir ? Qui n’aurait voulu susciter l’esprit sans tuer la vieille forme, réveiller la flamme sans troubler la cendre morte ?… Vain effort ! Nous avons beau retenir notre souffle. Elle est devenue légère, elle s’envole d’elle-même vers les quatre vents du monde.

Qui pouvait voir alors tout cela ? Fauchet s’y trompait, et bien d’autres. On faisait effort pour croire la lutte finie et la paix venue ; on admirait que la Révolution fût déjà dans l’Évangile. Tout ce qui entendit ces grandes paroles tressaillit jusqu’au fond