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lution, leurs agents, leurs domestiques, des bandes soldées par eux[1].

La terreur en augmenta, chacun croyant avoir près de soi des démons exterminateurs. Le matin, on courait au champ voir s’il n’était pas dévasté. Le soir, on s’inquiétait, craignant de brûler dans la nuit. Au nom des brigands, les mères serraient, cachaient leurs enfants.

Où donc était cette protection royale sur la foi de laquelle le peuple avait si longtemps dormi ? Cette vieille tutelle qui le rassurait si bien qu’il en était resté mineur, qu’il avait en quelque sorte grandi sans cesser d’être enfant ? On commençait à sentir que, quelque homme que fût Louis XVI, la royauté était l’intime amie de l’ennemi.

Les troupes du roi, qui, en d’autres temps, eussent paru une protection, étaient justement ce qui faisait peur. Qui voyait-on à leur tête ? Les plus insolents des nobles, ceux qui cachaient le moins leur haine. Ils animaient, payaient au besoin le soldat contre le peuple, enivraient leurs Allemands ; ils semblaient préparer un coup.

L’homme devait compter sur soi, sur nul autre. Dans cette absence complète d’autorité et de protection publique, son devoir de père de famille le cons-

  1. Les historiens affirment tous, sans la moindre preuve, que ces alarmes, ces accusations, tout ce grand mouvement parfait de Paris, de telle ou telle personne. Sans doute les meneurs influaient sur le Palais-Royal, le Palais-Royal sur Paris, Paris sur la France. Il n’en est pas moins inexact de rapporter tout au duc d’Orléans, comme la plupart des royalistes, à Duport, comme M. Droz, à Mirabeau, comme Montgaillard, etc. (Voir la réponse fort sage