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Bastille, sondant la profondeur du coup que le roi avait reçu, il ne saisît l’occasion de le perdre, autant qu’il était en lui.

Une lettre assez équivoque de Dorset au comte d’Artois ayant été saisie par hasard, il écrivit au ministre qu’on le soupçonnait à tort d’avoir influé en rien sur les troubles de Paris. « Loin de là, ajoutait-il doucement, Votre Excellence sait bien l’empressement que j’ai mis à lui faire connaître l’affreux complot de Brest au commencement de juin, l’horreur qu’il inspirait à ma cour, et l’assurance nouvelle de son attachement sincère pour le roi et la nation… » Et il priait le ministre de communiquer sa lettre à l’Assemblée nationale.

Autrement dit, il le priait de se mettre la corde au col. Sa lettre, du 26 juillet, constatait, mettait en lumière que la cour, deux mois entiers, avait gardé le secret, sans agir et sans poursuivre, réservant apparemment ce complot comme un en-cas de guerre civile, une arme dernière, le poignard de miséricorde, comme disait le Moyen-âge, que l’homme gardait toujours, afin que, l’épée brisée, vaincu, terrassé, il pût, en demandant grâce, assassiner son vainqueur.

Le ministre Montmorin, traîné par l’Anglais au grand jour, à l’Assemblée nationale, n’eut à donner qu’une assez pauvre explication, à savoir que, n’ayant pas le nom des coupables, on n’avait pas pu poursuivre. L’Assemblée n’insista pas ; mais le coup était porté et n’en fut que plus profond. La France entière le sentit.