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Une autre cause eût suffi pour retenir le gouvernement anglais, c’est que, dans le premier moment, l’Angleterre, malgré sa haine, souriait à notre Révolution. Elle n’en soupçonnait aucunement la portée ; dans ce grand mouvement français et européen qui n’est pas moins que l’avènement du droit éternel, elle croyait voir une imitation de sa petite révolution insulaire et égoïste du dix-septième siècle. Elle applaudissait la France, comme une mère encourage l’enfant qui tâche de marcher derrière elle. Étrange mère, qui ne savait pas bien au fond si elle désirait que l’enfant marchât ou se rompît le col.

Donc l’Angleterre résista à la tentation de Brest. Elle fut vertueuse et révéla la chose aux ministres de Louis XVI, sans dire le nom des personnes. Dans cette demi-révélation, elle trouvait un avantage immense, celui de brouiller la France, de porter au comble la défiance et les soupçons, d’avoir une prise terrible sur ce faible gouvernement, de prendre hypothèque sur lui. Il y avait à parier qu’il ne rechercherait pas sérieusement le complot, craignant de trop bien trouver, de frapper sur ses amis. Et s’il ne recherchait rien, s’il gardait ce secret pour lui, l’Anglais était toujours à même de le faire éclater, cet affreux secret. Il tenait cette épée suspendue sur la tête de Louis XVI.

Dorset, l’ambassadeur anglais, était un homme agréable ; il ne bougeait de Versailles, plusieurs croyaient qu’il avait plu à la reine et qu’il avait eu son tour. Cela n’empêcha pas qu’après la prise de la