Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 1.djvu/322

Cette page a été validée par deux contributeurs.


et les morts, le pêle-mêle des chairs palpitantes, des cadavres et des ossements.

Ces moyens d’extermination ne semblaient pas nécessaires ; la famine suffisait. Après une mauvaise année venait une année mauvaise ; le peu de blé qui avait levé autour de Paris fut foulé, gâté, mangé par la cavalerie nombreuse qu’on avait rassemblée. Et même, sans cavaliers, le blé s’en allait. On voyait, ou l’on croyait voir des bandes armées qui venaient la nuit couper le blé vert. Foulon, tout mort qu’il était, semblait revenir exprès pour faire à la lettre ce qu’il avait dit : « Faucher la France. » Faucher le blé vert, le détruire, la seconde année de famine, c’était aussi faucher les hommes.

La terreur allait s’étendant ; les courriers, répétant ces bruits, la portaient chaque jour d’un bout du royaume à l’autre. Ils n’avaient pas vu les brigands, mais d’autres les avaient vus ; ils étaient ici et là ; ils étaient en route, nombreux, armés jusqu’aux dents ; ils arriveraient la nuit probablement ou demain sans faute. En plein jour, à tel endroit, ils avaient coupé les blés ; c’est ce que la municipalité de Soissons écrivait éperdue à l’Assemblée nationale, en demandant du secours ; toute une armée de brigands marchait sur cette ville. On chercha, ils avaient disparu dans les fumées du soir ou les brouillards du matin.

Ce qui était plus réel, c’est qu’à cet affreux fléau de la faim, quelques-uns avaient eu l’idée d’en joindre un autre, qui fait frissonner, quand on songe aux cent années de guerres qui, dans le quatorzième, le