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saient devant ; d’autres lui jetaient du pain noir dans la voiture : « Tiens, brigand, voilà le pain que tu nous faisais manger ! » Ce qui exaspérait aussi toute la population des environs de Paris, c’est qu’au milieu de la disette, la nombreuse cavalerie rassemblée par Berthier et Foulon avait détruit, mangé en vert une grande quantité de jeune blé. On attribuait ces dégâts aux ordres de l’intendant, à une ferme résolution d’empêcher toute récolte et de faire mourir le peuple.

Pour orner cet horrible triomphe de la mort, on portait devant Berthier, comme aux triomphes romains, des inscriptions à sa gloire : « Il a volé le roi et la France. — Il a dévoré la substance du peuple. — Il a été l’esclave des riches et le tyran des pauvres. — Il a bu le sang de la veuve et de l’orphelin. — Il a trompé le roi. — Il a trahi sa patrie[1]… »

On eut la barbarie, à la fontaine Maubuée, de lui montrer la tête de Foulon, livide et du foin dans la bouche. À cette vue, ses yeux devinrent ternes ; il pâlit et il sourit.

On força Bailly, à l’Hôtel de Ville, de l’interroger. Berthier allégua des ordres supérieurs, ceux du ministre. Le ministre était son beau-père, c’était la même personne… Au reste, si la salle Saint-Jean écoutait un peu, la Grève n’écoutait pas, n’entendait pas ; les cris étaient si affreux que le maire et les

  1. Histoire de la Révolution de 1789, par deux amis de la liberté (Kerverseau et Clavelin, jusqu’au tome VII), tome II, p. 130. (Voir aussi, dans le Procès-verbal des électeurs, le récit d’Étienne de La Rivière.)