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conseiller d’être jugé par ses amis et collègues, les anciens magistrats, seuls juges qui fussent alors.

Tout cela était trop clair ; mais aussi, fort surveillé par des gens bien clairvoyants, les procureurs et la basoche, par les rentiers, ennemis du ministre de la banqueroute, par beaucoup d’hommes enfin qui avaient des effets publics et que ruinait la baisse. Un procureur fit passer une note à la charge de Berthier, sur ses dépôts de fusils. La basoche soutenait qu’il avait encore un de ces dépôts chez l’abbesse de Montmartre, et força d’y envoyer. La Grève était pleine d’hommes étrangers au peuple, d’un extérieur décent, quelques-uns fort bien vêtus. La Bourse était à la Grève.

On venait en même temps dénoncer à l’Hôtel de Ville un autre financier, Beaumarchais, qui avait volé des papiers de la Bastille. On les lui fit rapporter.

On crut faire taire au moins les pauvres, en leur remplissant la bouche ; on baissa le prix du pain au moyen d’un sacrifice de trente mille francs par jour ; il fut mis à treize sols et demi les quatre livres (qui en vaudraient vingt d’aujourd’hui).

La Grève n’en criait pas moins. À deux heures, Bailly descend, tous lui demandent justice. « Il exposa les principes » et fit quelque impression sur ceux qui pouvaient l’entendre. Les autres criaient : « Pendu ! pendu ! » Bailly alla prudemment s’enfermer au bureau des subsistances. La garde était forte, dit-il, mais M. de La Fayette, qui comptait sur son ascendant, eut l’imprudence de la diminuer.