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mène à pied à Paris, à l’Hôtel de Ville, on demande son jugement à la seule autorité qui restât, aux électeurs.

Ceux-ci durent alors regretter de n’avoir pas hâté davantage la décision populaire qui allait créer un véritable pouvoir municipal, leur donner des successeurs et finir leur royauté. Royauté est le mot propre ; les Gardes-françaises ne montaient la garde à Versailles, près du roi, qu’en prenant l’ordre (chose étrange) des électeurs de Paris.

Ce pouvoir illégal, invoqué pour tout, impuissant pour tout, affaibli encore dans son association fortuite avec les anciens échevins, n’ayant pour tête que le bonhomme Bailly, le nouveau maire, n’ayant pour bras que La Fayette, commandant d’une garde nationale qui s’organisait à peine, allait se trouver en face d’une nécessité terrible.

Ils apprirent presque à la fois qu’on avait arrêté Berthier à Compiègne et qu’on amenait Foulon. Pour le premier, ils prirent une responsabilité grave, hardie (la peur l’est parfois), celle de dire aux gens de Compiègne : « qu’il n’existait aucune raison de détenir M. Berthier. » Ceux-ci répondirent qu’il serait alors tué sûrement à Compiègne, qu’on ne pouvait le sauver qu’en l’amenant à Paris.

Quant à Foulon, on décida que désormais les accusés de ce genre seraient déposés à l’Abbaye, et qu’on inscrirait ces mots sur la porte : « Prisonniers mis sous la main de la nation. » Cette mesure générale, prise dans l’intérêt d’un homme, assurait à l’ex-