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tinent, violent, hautain. Il faisait bruit de son mépris pour l’Assemblée nationale, pour le peuple, la canaille ; il se promenait dans la ville, armé jusqu’aux dents, avec un domestique d’une mine féroce[1]. Ses regards étaient provocants. Le peuple perdit patience, menaça, assiégea la caserne ; un officier eut l’imprudence de tirer, et alors la foule alla chercher du canon ; Belzunce se livra ou fut livré pour être conduit en prison ; il ne put y arriver ; il fut tué à coups de fusil, son corps déchiré ; une femme mangea son cœur.

Il y eut du sang à Rouen, à Lyon ; à Saint-Germain, un meunier fut décapité ; un boulanger accapareur faillit périr à Poissy ; il ne fut sauvé que par une députation de l’Assemblée, qui se montra admirable de courage et d’humanité, risqua sa vie, n’emmena l’homme qu’après l’avoir demandé au peuple, à genoux.

Foulon eût peut-être passé ce moment d’orage, s’il n’eût été haï que de toute la France. Son malheur était de l’être de ceux qui le connaissaient le mieux, de ses vassaux et serviteurs. Ils ne le perdaient pas de vue, ils n’avaient pas été dupes du prétendu enterrement. Ils suivirent, ils trouvèrent le mort, qui se promenait bien portant dans le parc de M. de Sartines : « Tu voulais nous donner du foin, c’est toi qui en mangeras ! » On lui met une botte de foin sur le dos, un bouquet d’orties, un collier de chardons. On le

  1. Mémoires de Dumouriez, II, 53.