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à la nouvelle du renvoi de Necker ? Necker n’était pas un politique ; il était, comme on a vu, timide, vaniteux, ridicule. Mais, dans l’affaire des subsistances, il fut, on lui doit cette justice, il fut administrateur, infatigable, ingénieux, plein d’industrie et de ressources[1]. Il s’y montra, ce qui est bien plus, plein de cœur, bon et sensible ; personne ne voulant prêter à l’État, il emprunta en son nom, il engagea son crédit, jusqu’à deux millions, la moitié de sa fortune. Renvoyé, il ne retira pas sa garantie ; il écrivit aux prêteurs qu’il la maintenait. Pour tout dire, s’il ne sut pas gouverner, il nourrit le peuple, le nourrit de son argent.

Le mot Necker, le mot subsistance, cela sonnait du même son à l’oreille du peuple. Renvoi de Necker, et famine, la famine sans espoir et sans remède, voilà ce que sentit la France, au moment du 12 juillet.

Les bastilles de province, celle de Caen, celle de Bordeaux, furent forcées ou se livrèrent, pendant qu’on prenait celle de Paris. À Rennes, à Saint-Malo, à Strasbourg, les troupes fraternisèrent avec le peuple. À Caen, il y eut lutte entre les soldats. Quelques hommes du régiment d’Artois portaient des insignes patriotiques ; ceux du régiment de Bourbon, profitant de ce qu’ils étaient sans armes, les leur arrachèrent. On crut que le major Belzunce les avait payés pour faire cette insulte à leurs camarades. Belzunce était un joli officier et spirituel, mais imper-

  1. Voir Necker, Œuvres, VI, 298-324.