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citoyens, êtes-vous satisfaits ? Le voilà ce roi, » etc. Ce Voilà, trois fois répété, fit l’effet d’une triste paraphrase de l’Ecce homo.

Ceux qui faisaient ce rapprochement l’achevèrent, le trouvèrent complet, quand Bailly montra le roi à la fenêtre de l’Hôtel de Ville, la cocarde à son chapeau. Il y resta un quart d’heure, sérieux, silencieux. Au départ, on lui dit tout bas qu’il devrait dire un mot lui-même. Mais on n’en put rien tirer que la confirmation de la garde bourgeoise, du maire et du commandant, et cette trop brève parole : « Vous pouvez toujours compter sur mon amour. »

Les électeurs s’en contentèrent, mais le peuple non. Il s’était imaginé que le roi, quitte de ses mauvais conseillers, venait fraterniser avec la Ville de Paris. Mais quoi ! pas un mot, pas un signe !… La foule applaudit cependant au retour ; elle semblait avoir besoin d’épancher enfin un sentiment contenu. Toutes les armes étaient renversées en signe de paix. On criait : « Vive le roi ! » Il fut porté à sa voiture. Une femme de la Halle lui sauta au col. Des hommes armés de bouteilles arrêtèrent ses chevaux, versèrent du vin au cocher, aux valets, burent avec eux à la santé du roi. Il sourit, mais il ne dit rien encore. Le moindre mot de bonté, prononcé à ce moment, eût été répété, célébré, avec un effet immense.

Il ne rentra au château qu’à plus de neuf heures du soir. Sur l’escalier, il trouva la reine et ses