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ces mêmes ministres dont l’audacieuse ineptie avait ensanglanté Paris, ébranlé pour jamais le trône. À ce conseil, la reine voulait fuir, éloigner le roi, le mettre à la tête des troupes, commencer la guerre civile. Mais les troupes étaient-elles sûres ? Qu’arriverait-il, si la guerre éclatait dans l’armée même, entre les soldats français et les mercenaires étrangers ? Ne valait- t-il pas mieux louvoyer, gagner du temps, amuser le peuple ?… Louis XVI, entre ces deux avis, n’en eut aucun, ne voulut rien[1] ; il était prêt à suivre indifféremment l’un ou l’autre. La majorité du conseil fut pour le second parti, et le roi resta.

Un maire de Paris, un commandant de Paris, nommés sans l’aveu du roi par les électeurs, ces places acceptées par des hommes aussi graves que Bailly et La Fayette, les nominations confirmées par l’Assemblée, sans rien demander au roi, ceci n’était plus l’émeute, c’était une révolution, bien et dûment organisée. La Fayette, « ne doutant pas que toutes les communes ne voulussent confier leur défense à des citoyens armés », proposa d’appeler la milice citoyenne garde nationale (nom déjà trouvé par Sieyès). Ce nom semblait généraliser, étendre l’armement de Paris à tout le royaume, de même que la cocarde bleue et rouge de la Ville, augmentée du

  1. L’Histoire parlementaire a tort de citer une prétendue lettre de Louis XVI au comte d’Artois (II, 101), lettre apocryphe et ridicule, comme la plupart de celles qu’a publiées miss William dans la Correspondance inédite, si bien jugée et condamnée par MM. Barbier et Beuchot.