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elle priait pour le peuple même, pour l’honneur de ce grand jour, pour laisser pur et sans tache le berceau de la liberté.

Le prévôt, les électeurs, restaient à la salle Saint-Jean, entre la vie et la mort, plusieurs fois couchés en joue. « Tous ceux qui étaient là, dit Dussaulx, étaient comme des sauvages : parfois, ils écoutaient, regardaient en silence ; parfois, un murmure terrible, comme un tonnerre sourd, sortait de la foule. Plusieurs parlaient et criaient, mais la plupart étaient étourdis de la nouveauté du spectacle. Les bruits, les voix, les nouvelles, les alarmes, les lettres saisies, les découvertes vraies ou fausses, tant de secrets révélés, tant d’hommes amenés au tribunal, brouillaient l’esprit et la raison ; un des électeurs disait : « N’est-ce pas le jugement dernier ?… » L’étourdissement était arrivé à ce point qu’on avait tout oublié, le prévôt et la Bastille[1]. »

Il était cinq heures et demie. Un cri monte de la Grève. Un grand bruit, d’abord lointain, éclate, avance, se rapproche, avec la rapidité, le fracas de la tempête… La Bastille est prise !

Dans cette salle déjà pleine, il entre d’un coup mille hommes, et dix mille poussaient derrière. Les boiseries craquent, les bancs se renversent, la barrière est poussée sur le bureau, le bureau sur le président.

Tous armés, de façons bizarres, les uns presque nus, d’autres vêtus de toutes couleurs. Un homme

  1. Le Procès-verbal indique cependant qu’on préparait une nouvelle députation, et que le commandant de La Salle voulait enfin prendre par à l’action.