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canons. Deux colonnes se formèrent, l’une d’ouvriers et de bourgeois, l’autre de Gardes-françaises. La première prit pour son chef un jeune homme d’une taille et d’une force héroïque, Hullin, horloger de Genève, mais devenu domestique, chasseur du marquis de Conflans ; le costume hongrois de chasseur fut pris sans doute pour un uniforme ; les livrées de la servitude guidèrent le peuple au combat de la liberté. Le chef de l’autre colonne fut Élie, officier de fortune, du régiment de la reine, qui, d’abord en habit bourgeois, prit son brillant uniforme, se désignant bravement aux siens et à l’ennemi. Dans ses soldats, il y en avait un, admirable de vaillance, de jeunesse, de pureté, l’une des gloires de la France, Marceau, qui se contenta de combattre et ne réclama rien dans l’honneur de la victoire.

Les choses n’étaient guère avancées quand ils arrivèrent. On avait poussé, allumé trois voitures de paille, brûlé les casernes et les cuisines. Et l’on ne savait plus que faire. Le désespoir du peuple retombait sur l’Hôtel de Ville. On accusait le prévôt, les électeurs, on les pressait avec menaces d’ordonner le siège de la Bastille. Jamais on n’en put tirer l’ordre.

Divers moyens bizarres, étranges, étaient proposés aux électeurs pour prendre la forteresse. Un charpentier conseillait un ouvrage de charpenterie, une catapulte romaine pour lancer des pierres contre les murailles. Les commandants de la Ville disaient qu’il fallait attaquer dans les règles, ouvrir la tranchée.