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en un jour. Comment espérer ce miracle ? Il avait l’ennemi dans la ville même, à la Bastille et à l’École militaire, l’ennemi à toutes les barrières ; les Gardes-françaises, sauf un petit nombre, restaient dans leurs casernes, ne se décidaient pas encore. Que le miracle se fît par les Parisiens tout seuls, c’était presque ridicule à dire. Ils passaient pour une population douce, amollie, bonne enfant. Que ce peuple devînt tout à coup une armée, et une armée aguerrie, rien n’était moins vraisemblable.

Voilà certainement ce que pensaient les hommes froids, les notables, les bourgeois qui composaient le comité de la Ville. Ils voulaient gagner du temps, ne pas aggraver l’immense responsabilité qui déjà pesait sur eux. Ils gouvernaient Paris depuis le 12 ; était-ce comme électeurs ? le pouvoir électoral s’étendait-il jusque-là ? Ils croyaient à tout moment voir le vieux maréchal de Broglie venir, avec toutes ses troupes, leur demander compte… De là leurs hésitations, leur conduite longtemps équivoque ; de là la défiance du peuple, qui trouvait en eux son obstacle principal, et fit ses affaires sans eux.

Vers le milieu du jour, les électeurs envoyés à Versailles en reviennent ; ils rapportent la réponse menaçante du roi, le décret de l’Assemblée.

C’était tout de bon la guerre. Les envoyés avaient rencontré sur les routes la cocarde verte, couleur du comte d’Artois. Ils avaient passé à travers la cavalerie, toutes les troupes allemandes qui stationnaient sur la route, dans leurs blancs manteaux autrichiens.