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serait désarmé. — C’était une armée de douze mille notables ; à merveille pour la police, mais très mal pour la défense. Paris eût été livré. Le même jour, l’après-midi, on décida que la milice parisienne serait de quarante-huit mille hommes. La cocarde aux couleurs de la ville, bleue et rouge[1]. Cet arrêté fut le jour même confirmé par tous les districts.

Un comité permanent est nommé pour veiller, nuit et jour, à l’ordre public. On le forme d’électeurs. « Pourquoi les seuls électeurs ? dit un homme qui s’avance. — Et qui voulez-vous qu’on nomme ? — Moi, » dit-il. Il est nommé par acclamation.

Le prévôt hasarda alors une question grave : « À qui prêtera-t-on serment ? — À l’assemblée des citoyens », dit vivement un électeur.

L’affaire des subsistances pressait autant que celle des armes. Le lieutenant de police, mandé par les électeurs, dit que les arrivages ne le regardaient en rien. La Ville dut aviser à se nourrir comme elle pourrait. Tous ses abords étaient occupés par les troupes ; il fallait que les fermiers, les marchands qui apportaient les denrées, se hasardassent à traverser des postes et des camps d’étrangers qui ne parlaient qu’allemand. En supposant qu’ils arrivassent, ils trouvaient mille difficultés pour repasser les barrières.

Paris devait mourir de faim ou vaincre, et vaincre

  1. Mais comme c’étaient aussi celles de la maison d’Orléans, le blanc, ancienne couleur de la France, fut ajouté sur la proposition de M. de La Fayette (Voy. Mém., II, 266.) « Je vous donne, dit-il, une cocarde qui fera le tour du monde. »