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mettent à fermer les Tuileries derrière Lambesc. Il jugea prudent de sortir. Un homme fut renversé, foulé ; un vieillard qui fuyait fut blessé grièvement.

La foule, sortie des Tuileries avec des cris d’effroi et d’indignation, remplit Paris du récit de cette brutalité, de ces Allemands poussant leurs chevaux contre des femmes et des enfants, du vieillard blessé, disait-on, de la main même du prince… Alors on court aux armuriers, on prend ce qu’on trouve. On court à l’Hôtel de Ville, pour demander des armes, sonner le tocsin. Nul magistrat municipal n’était à son poste. Quelques électeurs de bonne volonté s’y rendirent vers six heures du soir, occupèrent dans la grande salle leur enceinte réservée et tâchèrent de calmer la foule. Mais derrière cette foule, déjà entrée, il y en avait une autre sur la place, qui criait : « Des armes ! » qui croyait que la Ville avait un arsenal caché, qui menaçait de brûler tout. Ils forcent le poste, envahissent la salle, poussent la barrière, pressent les électeurs jusque sur le bureau. Alors ils leur font à la fois mille récits de ce qui vient de se passer… Les électeurs ne peuvent refuser les armes des gardes de la Ville ; mais déjà le peuple les a cherchées, trouvées, prises ; déjà un homme en chemise, sans bas ni souliers, a pris la place du factionnaire, et, le fusil sur l’épaule, monte fièrement la garde à la porte de la salle[1].

  1. Procès-verbal des électeurs, I, 180. — Comparer Dussaulx, Œuvre des sept jours. Dussaulx, qui écrit quelque temps après, intervertit souvent l’ordre des faits.