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les forces brutes, plein de mépris pour le bourgeois, il était bien convaincu qu’à la seule vue d’un uniforme le peuple fuirait. Il ne crut pas nécessaire d’envoyer des troupes à Paris ; seulement il l’environna de régiments étrangers, ne s’inquiétant pas d’augmenter par là l’irritation populaire. Tous ces soldats allemands présentaient l’aspect d’une invasion autrichienne ou suisse ; les noms barbares de leurs régiments effarouchaient les oreilles : Royal-Cravate était à Charenton ; à Sèvres, Reinach et Diesbach ; Nassau était à Versailles ; Salis-Samade à Issy ; les hussards de Bercheny à l’École militaire ; ailleurs, Châteauvieux, Esterhazy, Rœmer, etc.

La Bastille, assez défendue de ses épaisses murailles, venait de recevoir un renfort de Suisses. Elle avait des munitions, une monstrueuse masse de poudre, à faire sauter toute la ville. Les canons, en batterie sur les tours depuis le 30 juin, regardaient Paris de travers, et, tout chargés, passaient leur gueule menaçante entre les créneaux.