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le roi la transférerait à Noyon ou à Soissons, c’est-à-dire la placerait entre deux ou trois corps d’armée. Mirabeau ne put obtenir que l’on insistât pour le renvoi des troupes. Visiblement, la réunion des cinq cents députés du Clergé et de la Noblesse avait énervé l’Assemblée. Elle laissa la grande affaire et se mit à écouter une déclaration des droits de l’homme que présenta La Fayette.

Un modéré, très modéré, le philanthrope Guillotin, vint tout exprès à Paris pour communiquer cette quiétude à l’assemblée des électeurs. Honnête homme, et trompé sans doute, il assura que tout allait bien, que M. Necker était plus solide que jamais. Des applaudissements accueillirent cette excellente nouvelle, et les électeurs, non moins dupes que l’Assemblée, s’amusèrent, comme elle, à l’admirable déclaration des droits, que par bonheur on venait d’apporter de Versailles. Ce jour même, pendant que le bon Guillotin parlait, M. Necker, congédié, était déjà bien loin sur le chemin de Bruxelles.

Quand Necker reçut l’ordre de s’éloigner à l’instant, il se mettait à table, il était trois heures. Le pauvre homme, qui avait si tendrement épousé le ministère, ne le quitta jamais qu’en pleurant, sut pourtant se contraindre devant ses convives, et fit bonne contenance. Après dîner, sans même prévenir sa fille, il partit avec sa femme, prenant la route la plus courte pour sortir du royaume, celle des Pays-Bas. Les gens de la reine, chose indigne ! étaient d’avis qu’on l’arrêtât ; ils connaissaient si peu Necker qu’ils avaient