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trouva tout à coup dans Paris, que l’on avait cru sans chef et sans guide, l’assemblée des électeurs. D’autre part, les Gardes-françaises commençant à se déclarer, on put prévoir que la force ne manquerait pas à l’autorité nouvelle. Pour tout résumer d’un mot, les médiateurs obligeants pouvaient se tenir tranquilles ; si l’Assemblée était captive à Versailles, elle avait son asile ici, au cœur même de la France, et au besoin Paris pour armée.

La cour, indignée, frémissante, mais encore plus effrayée, se décida, le 26 au soir, à accorder la réunion des ordres. Le roi y invita la Noblesse, et, pour se ménager un moyen de protester contre tout ce qui se faisait, on fit écrire par le comte d’Artois cette parole imprudente (fausse alors) : « La vie du roi est en danger. »

Le 27, eut donc lieu la réunion tant attendue. La joie fut excessive dans Versailles, insensée et folle. Le peuple fît des feux de joie ; il cria : « Vive la reine ! » Il fallut qu’elle vînt au balcon. La foule lui demanda alors qu’elle lui montrât le Dauphin, en signe de réconciliation complète et de raccommodement. Elle y consentit encore et reparut avec son enfant. Elle n’en méprisait que plus cette foule crédule, et elle appelait des troupes.

Elle n’avait pris aucune part à la réunion des ordres. Et pouvait-on bien dire qu’il y eût réunion ? C’étaient toujours des ennemis qui maintenant étaient dans une même salle, se voyaient, se coudoyaient. Le Clergé avait fait expressément ses