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Paris, au soir et le lendemain, annonçait assez qu’un grand mouvement éclaterait. Le 25, la minorité de la Noblesse sentit qu’elle baissait beaucoup, si Paris prenait l’initiative ; elle alla, le duc d’Orléans en tête, s’unir aux Communes. L’homme du prince, Sillery, le commode mari de Mme de Genlis, fit, au nom de tous, un discours peu convenable, celui qu’aurait fait un médiateur, un arbitre accepté entre le roi et le peuple : « Ne perdons jamais de vue le respect que nous devons au meilleur des rois… Il nous offre la paix, pourrions-nous ne pas l’accepter ? » etc.

Le soir, grande joie à Paris pour cette réunion des nobles amis du peuple. Une adresse à l’Assemblée se trouve au café de Foy ; tout le monde signe, jusqu’à trois mille personnes, à la hâte, la plupart sans lire. Cette pièce, faite de bonne main, contenait un mot étrange sur le duc d’Orléans : « Ce prince objet de la vénération publique. » Un tel mot pour un tel homme semblait cruellement dérisoire ; un ennemi n’aurait pas dit mieux. Les agents maladroits du prince crurent apparemment que l’éloge le plus hasardé serait le mieux payé aussi.

Grâce à Dieu, la grandeur, l’immensité du mouvement épargna à la Révolution l’indigne médiateur. Depuis le 25, l’élan fut tellement unanime, l’accord si puissant, que les agitateurs emportés eux-mêmes durent perdre la prétention de rien diriger. Paris mena ses meneurs. Les Catilina de salons et de cafés n’eurent qu’à se ranger à la suite. Une autorité se