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scène se passait semblait, dans de tels moments, s’oublier lui-même. Le Palais-Royal n’était plus le Palais-Royal. Le vice, dans la passion d’une grandeur si sincère, à la flamme de l’enthousiasme devenait pur un instant. Les plus dégradés relevaient la tête et regardaient dans le ciel ; leur passé, ce mauvais songe, était mort au moins pour un jour ; honnêtes ? ils ne pouvaient pas l’être, mais ils se sentaient héroïques, au nom des libertés du monde !… Amis du peuple, frères entre eux, n’ayant plus rien d’égoïste, tout prêts à tout partager.

Qu’il y eut des agitateurs intéressés dans cette foule, cela ne peut faire un doute. La minorité de la Noblesse, hommes d’ambition et de bruit, les Lameth et les Duport travaillaient le peuple par leurs brochures, par leurs agents. D’autres bien pires s’y joignaient. Tout cela se passait, il faut bien le dire, sous les fenêtres du duc d’Orléans, sous les yeux de cette cour intrigante, avide, immonde… Hélas ! qui n’aurait pitié de notre Révolution ? ce mouvement naïf, désintéressé, sublime, épié, couvé des yeux, par ceux qui croient un jour ou l’autre le tourner à leur profit !

Regardons à ces fenêtres. J’y vois distinctement une femme blanche, un homme noir. Ce sont les conseillers du prince, le vice et la vertu, Mme de Genlis et Choderlos de Laclos. Les rôles sont divisés. Dans cette maison où tout est faux, la vertu est représentée par Mme de Genlis, sécheresse et sensiblerie, un torrent de larmes et d’encre, le charlatanisme