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les électeurs, par la foule, par les soldats. Le siège de la Révolution se place à Paris.

Les électeurs s’étaient promis, après les élections, de se réunir encore pour compléter leurs instructions aux députés qu’ils avaient élus. Quoique le ministère leur en refusât la permission, le coup d’État du 23 les fit passer outre ; ils firent aussi leur coup d’État, et d’eux-mêmes se réunirent, le 25, rue Dauphine. Une misérable salle de traiteur, occupée à ce moment même par une noce qui fit place, reçut d’abord l’Assemblée des électeurs de Paris. Ce fut leur Jeu de paume, à eux. Là Paris, par leur organe, prit l’engagement de soutenir l’Assemblée nationale. L’un d’eux, Thuriot, leur conseilla d’aller à l’Hôtel de Ville, à la grande salle Saint-Jean, qu’on n’osa leur refuser.

Ces électeurs étaient pour la plupart des riches, des bourgeois notables ; l’aristocratie y était en nombre. Mais il y avait parmi eux des têtes fort exaltées. Deux hommes d’abord, ardents, révolutionnaires, avec une tendance singulière au mysticisme : l’un était l’abbé Fauchet, éloquent et intrépide ; l’autre son ami Bonneville (le traducteur de Shakespeare). Tous deux, au treizième siècle, se seraient fait brûler comme hérétiques, à coup sûr. Au dix-huitième, ils prirent, autant et plus que personne, l’initiative de la résistance, qu’on n’aurait guère attendue de l’assemblée bourgeoise des électeurs[1]. Bonneville,

  1. Rapprocher les Mémoires de Bailly et le Procès-verbal des électeurs, rédigé par Bailly et Duveyrier.