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Comme agape et communion, rien ne fut ici-bas comparable à 1790, à l’élan des Fédérations. L’absolu, l’infini du sacrifice en sa grandeur, le don de soi qui ne réserve rien parut au plus sublime dans l’élan de 1792 : guerre sacrée pour la paix, pour la délivrance du monde.

« Les symboles ont manqué ? » Mais toute religion met des siècles à se faire les siens. La foi est tout ; la forme peu. Qu’importe le parement de l’autel ?

Il subsiste toujours, l’autel du Droit, du Vrai, de l’éternelle Raison. Il n’a pas perdu une pierre, et il attend tranquillement. Tel que nos philosophes, tel que nos grands légistes le bâtirent, il reste le même, solide, autant que les calculs de Laplace et Lagrange qui y posèrent la loi du temps.

Qui ne le reconnut ? n’y sentit Dieu ?… Quel cercle on vit autour ! Le monde américain y fut en Thomas Payne, la Pologne en Kosciuszko. Le maître du Devoir (ce roc de la Baltique), Kant s’émut. On y vit pleurer le vieux Klopstock, et ce fier enfant, Beethoven.

Le grand stoïcien Fichte, au plus cruel orage, ne s’en détacha pas. Il nous resta fidèle. En plein 1793, il publia son livre sur l’immuable droit de la Révolution.