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Le roi sortit, la Noblesse et le Clergé suivirent. Les Communes demeurèrent assises, tranquilles, en silence[1].

Le maître des cérémonies entre alors et, d’une voix basse, dit au président : « Monsieur, vous avez entendu l’ordre du roi ? » — Il répondit : « L’Assemblée s’est ajournée après la séance royale ; je ne puis la séparer sans qu’elle en ait délibéré. » — Puis se tournant vers ses collègues voisins de lui : « Il me semble que la nation assemblée ne peut pas recevoir d’ordre. »

Ce mot fut repris admirablement par Mirabeau, il l’adressa au maître des cérémonies ; de sa voix forte, imposante, et d’une majesté terrible, il lui lança ces paroles : « Nous avons entendu les intentions qu’on a suggérées au roi ; et vous, Monsieur, qui ne sauriez être son organe auprès de l’Assemblée nationale, vous qui n’avez ici ni place, ni voix, ni droit de parler, vous n’êtes pas fait pour nous rappeler son discours… Allez dire à ceux qui vous envoient que nous sommes ici par la volonté du peuple, et qu’on ne nous en arrachera que par la puissance des baïonnettes[2]. »

Brezé fut déconcerté, atterré ; il sentit la royauté

  1. Il n’y eut ni hésitation ni consternation, quoi qu’en dise Dumont, qui n’y était pas. Les ardents, comme Grégoire (Mém., I, 381), les modérés, comme Malouet, étaient parfaitement d’accord. Le dernier dit, à ce sujet, ces belles et simples paroles : « Nous n’avions nul autre parti à prendre… Nous devions à la France une constitution. » (Malouet, Compte rendu à ses Commettants.)
  2. Cette version est la seule vraisemblable. Mirabeau était royaliste ; il n’aurait jamais dit : Allez dire à votre maître, ni les autres paroles qu’on a ajoutées.