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porte, comme des écoliers indociles. Les voilà errant à la pluie parmi le peuple, sur l’avenue de Paris. Tous s’accordent sur la nécessité de tenir séance, et de s’assembler. Les uns disent : « À la place d’armes ! » — D’autres : « À Marly ! » — Tel : « À Paris ! » Ce parti était extrême, il mettait le feu aux poudres…

Le député Guillotin ouvrit l’avis moins hasardé de se rendre au Vieux-Versailles et de s’établir au Jeu de paume… Triste lieu, laid, démeublé, pauvre… Et il n’en valait que mieux. L’Assemblée y fut pauvre et représenta ce jour-là d’autant plus le peuple. Elle resta debout tout le jour, ayant à peine un banc de bois… Ce fut comme la crèche pour la nouvelle religion, son étable de Bethléem.

Un de ces curés intrépides qui avaient décidé la réunion du Clergé, l’illustre Grégoire, longtemps après, lorsque l’Empire avait si cruellement effacé la Révolution sa mère, allait souvent près de Versailles voir les ruines de Port-Royal ; un jour (en revenant sans doute), il entra dans le Jeu de paume[1]… L’un ruiné, l’autre abandonné… Des larmes coulèrent des yeux de cet homme si ferme, qui n’avait molli jamais… Deux religions à pleurer, c’était trop pour un cœur d’homme !

Nous aussi, nous l’avons revu, en 1846, ce témoin de la liberté, ce lieu dont l’écho répéta sa première parole, qui reçut, qui garde encore son mémorable serment… Mais que pouvions-nous lui dire ! quelles

  1. Mémoires de Grégoire, I, 380.