Page:Michelet - OC, Histoire de la Révolution française, t. 1.djvu/181

Cette page a été validée par deux contributeurs.


constituât en assemblée générale ; qu’elle ne se tînt arrêtée par rien de ce qui sortirait de l’indivisibilité d’une assemblée nationale. M. Galand demanda que, le Clergé et la Noblesse étant simplement deux corporations, la nation étant une et indivisible, l’assemblée se constituât Assemblée légitime et active des représentants de la nation française. Sieyès alors sortit des obscurités, laissa les ambages et proposa le titre d’Assemblée nationale.

Depuis la séance du 10, Mirabeau regardait Sieyès marcher sous la terre, et il était effrayé. Cette marche rectiligne aboutissait à un point où elle rencontrait de front la royauté, l’aristocratie. S’arrêterait-elle par respect devant l’idole vermoulue ? Il n’y avait pas d’apparence. Or, malgré la dure discipline par laquelle la tyrannie forma Mirabeau pour la liberté, il faut dire que le fameux tribun était aristocrate de goût et de mœurs, royaliste de cœur ; il l’était d’origine et de sang, pour ainsi dire. Deux choses, l’une grande, l’autre basse, le poussaient aussi. Entouré de femmes avides, il lui fallait de l’argent ; et la monarchie lui apparaissait la main ouverte et prodigue, versant l’argent, les faveurs. Elle lui avait été dure, cruelle, cette royauté ; mais cela même la servait maintenant auprès de lui : il eût trouvé beau de sauver un roi qui avait signé dix-sept fois l’ordre de l’emprisonner. Tel fut ce pauvre grand homme, si magnanime et généreux, qu’on voudrait pouvoir rejeter ses vices sur son déplorable entourage, sur la barbarie paternelle, qui