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Ceux qui veulent se persuader que cet événement immense fut l’œuvre d’un parti, un complot d’Orléans, un mouvement factice qu’imposa Paris à la France, n’ont qu’à ouvrir les cent volumes in-folio des Cahiers, les vœux des provinces, leurs instructions aux députés de la Constituante. Du moins, qu’ils prennent connaissance des extraits des Cahiers, si bien résumés par Chassin.

Dans mon premier volume (1847), j’avais indiqué à quel point les idées d’intérêt, de bien-être, qui ne peuvent manquer en nulle Révolution, en la nôtre pourtant sont restés secondaires, combien il faut la tordre, la fausser, pour y trouver déjà les systèmes d’aujourd’hui. Sur ce point, le beau livre de Quinet confirme le mien. Oui, la Révolution fut désintéressée. C’est son côté sublime et son signe divin.

Brillant éclair au ciel. Le monde en tressaillit. L’Europe délira à la prise de la Bastille ; tous s’embrassaient (et dans Pétersbourg même) sur les places publiques. Inoubliables jours ! Qui suis-je pour les avoir contés ? Je ne sais pas encore, je ne saurai jamais comment j’ai pu les reproduire. L’incroyable bonheur de retrouver cela si vivant, si brûlant, après soixante années, m’avait grandi le cœur d’une joie héroïque, et