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semblaient lutter pour l’abrutir sous la pesanteur des maux. La royauté lui avait ôté la vie municipale, l’éducation que lui donnaient les affaires de la commune. Le clergé, son instituteur obligé, depuis longtemps ne l’enseignait plus. Ils semblaient avoir tout fait pour le rendre incapable, muet, sans parole et sans pensée, et c’est alors qu’ils lui disaient : « Lève-toi maintenant, marche, parle. »

On avait compté, trop compté sur cette incapacité : autrement jamais on n’eût hasardé de faire ce grand mouvement. Les premiers qui prononcèrent le nom des États généraux, les parlements qui les réclamèrent, les ministres qui les promirent, Necker qui les convoqua, tous croyaient le peuple hors d’état d’y prendre une part sérieuse. Ils pensaient seulement, par cette évocation solennelle d’une grande masse inerte, faire peur aux privilégiés. La cour, qui était elle-même le privilège des privilèges, l’abus des abus, n’avait nulle envie de leur faire la guerre. Elle espérait seulement, des contributions forcées du clergé et de la noblesse, remplir la caisse publique dont elle faisait la sienne.

La reine, que voulait-elle ? Livrée aux parvenus, chansonnée par la noblesse, peu à peu méprisée et seule, elle voulait tirer de ces moqueurs une petite vengeance, les intimider, les obliger de se serrer près du roi. Elle voyait son frère Joseph essayer aux Pays-Bas d’opposer les petites villes aux grosses

    fiscale que jamais, étant entièrement dans la main des intendants, procureurs, etc. Les noms, les formes, avaient changé, voilà tout.