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politiques, jamais un grand royaume, un empire comme était la France. La chose était nouvelle, non seulement dans nos annales, mais dans celles même du monde.

Aussi quand, pour la première fois, à la fin des temps, ce mot fut entendu : Tous s’assembleront pour élire[1], tous écriront leurs plaintes, ce fut une commotion immense, profonde, comme un tremblement de terre ; la masse en tressaillit jusqu’aux régions obscures et muettes, où l’on eût le moins soupçonné la vie.

Toutes les villes élurent, et non pas seulement les bonnes villes, comme aux anciens États ; les campagnes élurent, et non pas seulement les villes.

On assure que cinq millions d’hommes prirent part à l’élection.

Grande scène, étrange, étonnante ! de voir tout un peuple qui d’une fois passait du néant à l’être, qui, jusque-là silencieux, prenait tout d’un coup une voix.

Le même appel d’égalité s’adressait à des populations prodigieusement inégales, non seulement de position, mais de culture, d’état moral et d’idées. Ce peuple, comment répondrait-il ? C’était une grande question. Le fisc d’une part, la féodalité de l’autre[2],

  1. Vois les actes au Moniteur (Ier volume). Les imposés, âgés de plus de vingt-cinq ans, devaient élire des électeurs qui nommeraient les députés et concourir à la rédaction des cahiers. L’impôt atteignant tout le monde, au moins par la capitation, c’était la population entière que l’on appelait, excepté les domestiques.
  2. Le mot n’est pas impropre. La féodalité était très dure en 1789, plus