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trente rois de la finance, qui tirent des millions du peuple et qui en rendent au roi quelque chose. » Sur la gabelle, par exemple, qui rapportait cent vingt millions, la Ferme générale en gardait soixante et daignait en laisser cinquante ou soixante au roi.

La perception n’était rien de moins qu’une guerre organisée ; elle faisait peser sur le sol une armée de deux cent mille mangeurs. Ces sauterelles rasaient tout, faisaient place nette. Pour exprimer quelque substance d’un peuple ainsi dévoré, il fallait des lois cruelles, une pénalité terrible, les galères, la potence, la roue. Les agents de la Ferme étaient autorisés à employer les armes ; ils tuaient, et ils étaient jugés par les tribunaux spéciaux de la Ferme générale.

Le plus choquant du système, c’était la bonté, la facilité du roi, des fermiers-généraux. D’une part, le roi, de l’autre, les trente rois de la finance, donnaient (ou vendaient à bon compte) les exemptions d’impôts ; le roi faisait des nobles ; les fermiers se créaient des employés fictifs, qui à ce titre étaient exempts. Ainsi le fisc travaillait contre lui-même ; en même temps qu’il augmentait la somme à payer, il diminuait le nombre de ceux qui payaient ; le poids, pesant sur moins d’épaules, allait s’appesantissant.

Les deux ordres privilégiés payaient ce qui leur plaisait : le clergé, un don gratuit imperceptible ; la noblesse contribuait pour certains droits, mais selon ce qu’elle voulait bien déclarer ; les agents du fisc, chapeau bas, enregistraient sans examen, sans vérification. Le voisin payait d’autant plus.