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même. Pourquoi ? C’est que la « reine est bonne » ; elle comble la foule brillante qui se presse dans le palais ; toute la noblesse de province, qui fuyait sous Richelieu, vient, demande, obtient, prend et pille ; tout au moins exigent-ils des exemptions d’impôt. Le paysan, qui est parvenu à acheter quelques terres, paye seul, tout retombe sur lui ; il est obligé de revendre, il redevient fermier, métayer, pauvre domestique.

Louis XIV est dur d’abord ; point d’exemption d’impôt ; Colbert en raye quarante mille. Le pays prospère. Mais Louis XIV devient bon ; il est de plus en plus touché du sort de la pauvre noblesse ; tout pour elle, les grades, les places, les pensions, les bénéfices même, et Saint-Cyr pour les nobles demoiselles… La noblesse est florissante, la France est aux abois.

Louis XVI est dur d’abord, grondeur, il refuse toujours ; les courtisans plaisantent amèrement sa rudesse, ses coups de boutoir. C’est qu’il a un mauvais ministre, cet inflexible Turgot ; c’est que, hélas ! la reine ne peut rien encore. En 1778, le roi finit par céder ; la réaction de la nature agit puissamment pour la reine ; il ne peut plus rien refuser, ni à elle ni à son frère. L’homme le plus aimable de France devient contrôleur général ; M. de Calonne met autant d’esprit, de grâce à donner, que ses prédécesseurs mettaient d’adresse à éluder, refuser. « Madame, disait-il à la reine, si c’est possible, c’est fait ; impossible, cela se fera. » La reine achète Saint-Cloud ; le roi, si serré jusque-là, se laisse entraîner lui-même ; il achète Ram-