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III


Ne dites pas que la nature soit jamais devenue marâtre. Ne croyez pas que Dieu ait détourné de la terre son fécond regard. Elle est toujours, cette terre, la bonne mère nourrice qui ne demande qu’à aider l’homme ; stérile, ingrate à la surface, elle l’aime intérieurement.

Mais c’est l’homme qui n’aime plus, l’homme qui est ennemi de l’homme. La malédiction qui pèse sur lui, c’est la sienne, celle de l’égoïsme et de l’injustice, le poids d’une société injuste. Qui accusera-t-il ? Ni la nature, ni Dieu, mais lui-même, mais son œuvre, ses idoles, les dieux qu’il s’est faits.

Il a promené de l’un à l’autre son idolâtrie. À ces dieux de bois il a dit : « Protégez-moi, soyez mes sauveurs… » Il l’a dit au prêtre, il l’a dit au noble, il l’a dit au roi… Eh ! pauvre homme, sauve-toi toi-même.

Il les aimait, c’est son excuse ; elle explique son aveuglement. Comme il aimait, comme il croyait ! quelle foi naïve au bon seigneur, au cher saint homme de Dieu ! Comme il se mettait à genoux sur leur route et baisait encore la poussière, quand depuis longtemps ils étaient passés ! Comme écrasé, foulé par eux, il s’obstinait à mettre en eux ses vœux et ses espérances !… Toujours mineur, toujours enfant, il trouvait je ne sais quelle douceur filiale à ne rien