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HENRI V

commença dans Paris et les campagnes voisines, qui emporta cinquante mille hommes. Ils se laissaient mourir ; l’abattement était extrême, après la fureur. Les meurtriers surtout ne résistèrent pas : ils repoussaient les consolations, les sacrements ; sept ou huit cents moururent à l’Hôtel-Dieu, désespérés. On en vit un courir les rues en criant : « Je suis damné ! » Et il se jeta dans un puits la tête la première.

D’autres pensèrent tout au contraire que, si les choses allaient si mal, c’est qu’on n’avait pas assez tué. Il se trouva, non seulement parmi les bouchers, mais dans l’Université même, des gens qui criaient en chaire qu’il n’y avait pas de justice à attendre des princes, qu’ils allaient mettre les prisonniers à rançon et les relâcher aigris et plus méchants encore.

Le 21 août, par une extrême chaleur, un formidable rassemblement s’ébranle vers les prisons, une foule à pied, en tête la mort même à cheval[1], le bourreau de Paris, Capeluche. Cette masse va fondre au grand Châtelet ; les prisonniers se défendent, du consentement des geôliers. Mais les assassins entrent par le toit ; tout est tué, prisonniers et geôliers. Même scène au petit Châtelet[2]. Puis, les voilà devant la Bastille. Le duc de Bourgogne y vient, sans troupes, voulant rester à tout prix le favori de la populace ; il les prie honnêtement de se retirer, leur dit de bonnes paroles. Mais rien n’opérait. Il avait beau montrer de la confiance, de la bonhomie, se faire petit, jusqu’à toucher

  1. « Solus equester. » (Religieux.)
  2. App. 192.