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HISTOIRE DE FRANCE

du pape, pécheurs et fauteurs du schisme. Le prince si clairement désigné demanda réparation ; mais le même soir, l’un des plus célèbres docteurs et prédicateurs, Courtecuisse, renouvela l’invective.

Deux ans après, l’Université saisit une occasion de frapper un des principaux serviteurs du duc d’Orléans et de la reine, le sire de Savoisy. Ce seigneur, qui avait fait des expéditions heureuses contre les Anglais, avait autour de lui une maison toute militaire, des serviteurs insolents, des pages fort mal disciplinés ; un de ceux-ci donna des éperons à son cheval tout au travers d’une procession de l’Université ; les écoliers le souffletèrent, les gens de Savoisy prirent parti, poursuivirent les écoliers, qui se jetèrent dans Sainte-Catherine ; des portes, ils tirèrent au hasard dans l’église, au grand effroi du prêtre qui disait la messe en ce moment. Plusieurs écoliers furent blessés. Savoisy eut beau demander pardon à l’Université, et offrir de livrer les coupables[1]. Il fallut qu’il perpétuât le souvenir de son humiliation, en fondant une chapelle de cent livres de rentes ; que son propre hôtel, l’un des plus beaux d’alors, fût démoli de fond en comble. Les peintures admirables dont il était décoré, ne purent toucher les scolastiques[2]. La démolition se fit à grand bruit, au son des trompettes qui proclamaient la victoire de l’Université[3].

  1. Il déclara même qu’il était prêt à pendre le coupable de sa propre main. (Religieux.)
  2. Le roi ne put sauver qu’une galerie peinte à fresque, qui était bâtie sur les murs de la ville, et on lui en fit payer la valeur.
  3. « Cum lituis et instrumentis musicis. » (Religieux.)