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HISTOIRE DE FRANCE

divers et les plus douloureux, on finit par le laisser aller ; grande partie de ses biens tant meubles qu’immeubles ayant été ou donnés, ou perdus, ou pillés[1]. »

Ce n’était rien d’avoir pendu Marigni, emprisonné Raoul de Presles, ruiné Nogaret, comme ils firent plus tard. Le légiste était plus vivace que les barons ne supposaient. Marigni renaît à chaque règne, et toujours on le tue en vain. Le vieux système, ébranlé par secousses, écrase chaque fois un ennemi. Il n’en est pas plus fort. Toute l’histoire de ce temps est dans le combat à mort du légiste et du baron.

Chaque avènement se présente comme une restauration des bons vieux us de saint Louis, comme une expiation du règne passé. Le nouveau roi, compagnon et ami des princes et des barons, commence comme premier baron, comme bon et rude justicier, à faire pendre les meilleurs serviteurs de son prédécesseur. Une grande potence est dressée ; le peuple y suit de ses huées l’homme du peuple, l’homme du roi, le pauvre roi roturier qui porte à chaque règne les péchés de la royauté. Après saint Louis, le barbier La Brosse ; après Philippe-le-Bel, Marigni ; après Philippe-le-Long, Gérard Guecte ; après Charles-le-Bel, le trésorier Remy… Il meurt illégalement, mais non injustement. Il meurt souillé des violences d’un système imparfait où le mal domine encore le bien. Mais en

  1. App. 127.